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n° 34 - 2002

Violences conjugales : le mâl(e)d’amour ?

Uniquement sur CD

Coups, blessures, injures, tortures morales, séquestration, privation de revenus... Les violences conjugales sont plus fréquentes qu’on ne l’imagine : près d’une femme sur trois serait concernée. Comment protéger ces femmes ? Les voies du droit sont-elles suffisantes ? Que contient le plan fédéral de lutte contre la violence à l’égard des femmes ? Faut-il aider les auteurs ? Comment leur permettre le recul, la prise de conscience nécessaire ? Ce dossier propose différentes réflexions sur la prise en charge des violences conjugales.

Éditorial

Si en Europe, une femme sur cinq a subi des violences conjugales au cours de sa vie, combien ont pu en parler, être entendues et reconnues dans ces difficultés ? Si en France, 400 femmes meurent chaque année sous les coups de leur compagnon ou conjoint, combien compte-t-on de classements sans suite, de plaintes retirées sous la pression, d’illusoires lunes de miel précédent une nouvelle escalade ? En Belgique, l’actualité récente a montré combien les violences faites aux femmes sur la scène familiale et/ou conjugale, peuvent tragiquement déboucher sur la place publique.

Face à ces faits, nous sommes tentés de dire que les victimes de ces violences convoquent l’ensemble du corps social à se positionner et à agir face à ces actes.

Depuis plus de vingt années, les associations d’aide aux femmes victimes de ces violences sont mobilisées. Elles nous disent combien leur action indispensable est limitée, précaire, et leurs moyens en deçà des besoins de ces femmes.

Depuis cette législature, les autorités fédérales, par l’entremise de Laurette Onkelinx, Vice-Première Ministre, Ministre de l’Emploi et du Travail, Responsable de la Politique d’Egalité des Chances, ont lancé une action concertée de tous les niveaux politiques (fédéral, communautaire et régional) visant à "briser le silence" sur ces violences. Les niveaux provinciaux et communaux sont également appelés à s’impliquer : la Province de Liège fut parmi les premières à se mobiliser, via une action de son Député Permanent, Olivier Hamal

Ces actions d’information en direction du grand public, ou de soutien aux victimes, appellent à une action complémentaire en direction des auteurs. C’est ce que Praxis a développé depuis 1995, dans le cadre de son programme Interface, subventionné par le Ministère de la Justice au titre des "Mesures Judiciaires Alternatives". C’est ainsi que depuis trois années, le programme Interface organise un lieu de parole en groupe pour auteurs de violences sur la scène conjugale et familiale.[1]

Dans ce contexte de travail sous la contrainte judiciaire, nous avons reçu en 12 mois plus de 200 dossiers, dont 30 % concernent des violences conjugales. La grosse majorité des dossiers (90 %) nous parviennent par la Médiation Pénale (avant les poursuites), et le solde par la Probation. C’est donc autour de cette spécificité de notre travail avec des auteurs de violences conjugales que nous avons organisé le 25 octobre 2001, une journée d’études à Liège, sur le thème "Violences conjugales : le mâl(e) d’amour ?".[2]

Au-delà de faire connaître auprès d’un public le plus large notre action avec les auteurs de violences, d’autres intérêts sont vite apparus : approfondir notre réflexion sur diverses dimensions de notre travail, élargir cette réflexion à des acteurs sociaux hors du champ judiciaire. Les 160 participants à cette journée, étaient tous des professionnels engagés dans une action, qu’elle soit dans le cadre d’une intervention judiciaire, ou dans le cadre d’une aide sociale aux victimes de ces violences, ou encore dans ce travail délicat de médiation directe entre auteurs et victimes. Nous nous sommes réjouis de ce mélange des intervenants, et nous espérons, aujourd’hui encore que cette rencontre ait été le creuset de partenariats nouveaux pour chacun d’entre eux.

Afin de favoriser un discours créatif et ouvert, dynamique et pragmatique, nous avions sollicité des apports extérieurs : deux comédiens sont intervenus au fil de la journée, une conteuse nous a emmenés sur des chemins fantastiques, des stands d’informations présentaient des services de prise en charge des victimes. Ces actes rendront difficilement compte de cette ambiance chaleureuse, émotionnellement chargée, empreinte d’écoute qui a traversé cette journée. Peut-être plus que le fond, la forme de cette journée restera-t-elle marquée dans les mémoires de chacun. Peut-on la considérer comme une image de cette ambiance que nous cherchons à créer dans nos groupes pour auteurs de violence.

Le contenu de notre travail s’inscrit dans un contexte particulier : celui de la contrainte judiciaire. C’est dans ce contexte que nous cherchons à mettre en place un espace de parole personnelle qui permette aux auteurs de regarder en face leurs actes et leurs conséquences (pour eux, pour leur conjoint, pour leurs éventuels enfants), de rechercher le sens de ces actes.

Cette démarche exige de nous une position éthique claire. Chacun est responsable de ses actes : l’auteur de sa violence, la victime de sa sécurité. Notre responsabilité professionnelle est de permettre que des mots soient mis sur ce qui apparaît parfois comme indicible. Pour cela, le respect d’une commune humanité, la recherche de sens, ne sont que des moyens pour que ces maux d’amour deviennent d’autres mots d’amour.

Nous tenons à remercier chaque personne qui, lors de la journée d’études ou lors de la préparation de ce dossier, a accepté de se risquer à présenter en quelques minutes, ou en quelques lignes, une réflexion sur un travail complexe, souvent long, toujours marqué d’émotions fortes.

Nous souhaitons que les actes de cette journée s’inscrivent dans notre préoccupation de participer à la construction d’outils d’intervention appropriés à la situation des auteurs et des victimes, à l’élaboration de cadre de référence déontologique partagé par le plus grand nombre des intervenants, à la clarification des rôles professionnels de chacun (médecin, policier, magistrat, travailleurs psychosociaux, etc...), et à la mobilisation de l’opinion publique face à ces violences.

C’est en ce sens que nous poursuivrons notre travail à Praxis.

Vincent LIBERT, Directeur de l’asbl Praxis. Liège.

[1] Voir dans ce dossier l’article de Cécile Kowal. .A noter que ce programme est actuellement mis en oeuvre dans 7 arrondissements judiciaires : Verviers, Marche, Arlon, Neufchâteau, Mons, Nivelles, Tournai et bientôt sur Liège, Namur et Charleroi, avant de l’être sur l’ensemble des arrondissements judiciaires francophones.

[2] Les actes de cette journée d’études, étoffés d’apports nouveaux, font l’objet de ce dossier de la revue L’Observatoire que nous remercions pour sa précieuse collaboration.

Sommaire

- "La mère des contes", conte français de tradition orale - Michèle DISPAS

- Violences conjugales & voies du droit - Nathalie KUMPS

- D’une réalité (les victimes) … à l’autre (le monde judiciaire - N. TOLEDO

- Histoire de liaisons-déliaisons - Bernadette WEYERGANS

- Lutter contre les violences conjugales. Quelques préalables indispensables - Claire GAVROY, Marisa GIANCANE

- L’auteur de violences conjugales : un acteur social ? - Françoise DIGNEFFE

- La prise en charge des violences conjugales : un terrain en questionnements - Myriam de VINCK

- Les antinomies éthiques et politiques du travail thérapeutique - Jean-Louis GENARD

- Le travail en groupe avec des auteurs de violences conjugales sous mandat judiciaire - Cécile KOWAL

- Une formation à l’intervention des auteurs made in Québec - Fabian CHERET

- Plan fédéral d’action contre la violence à l’égard des femmes - Laurette ONKELINX

- Des femmes qui osent enfin parler… - Patricia, Fatima, Joëlle, Marianne et les autres

- Province de Liège : coordonner ce qui existe, impulser ce qui semble complémentaire - Colette LECLERCQ

- Arrondissement d’Anvers : un programme en onze points - Pascale FRANK

- Ville de Molenbeek-St Jean : une espace de bien-être, d’autonomie, d’émancipation - Colette LECLERCQ

- La prise en compte de la violence à l’égard des femmes en communauté française - Alexandra ADRIAENSSENS

- L’éducation à l’égalité entre les sexes - Marie BRUYER

- Des hommes se manifestent contre la violence faite aux femmes - Colette LECLERCQ d’après les notes transmises par Roland MAYERL

- Quelques lectures conseillées - Fabian CHERET

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