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n° 27 - 2000

Ethique et travail social

Uniquement sur CD

Il n’y a pas un domaine d’activités qui n’échappe aujourd’hui à une réflexion de type éthique ? Est-ce un effet de mode ? Est-ce un besoin lié à l’évolution de notre société ? Que signifie le terme éthique ? Est-il synonyme de morale ? Que propose l’éthique aux travailleurs sociaux ? Une référence, des règles pour mieux vivre ses missions, ses rôles, ses relations aux autres ?

Éditorial

Depuis deux ans, le Comité Interprovincial de Affaires Sociales (CIAS) mène une réflexion sur la détresse sociale. Un colloque générique, intitulé "Détresse sociale : une réalité plurielle, inéluctable ?" lançait en mai 98 le sujet pour le renvoyer ensuite au sein de chaque province où d’autres journées d’études permirent de le décliner par tranches d’âges, situations de vie. (Voir L’Observatoire 19 et 24)

La réflexion fut ainsi menée de janvier à mai 19991 pour aboutir à un nouveau constat, à de nouvelles questions portant non plus sur les "aidés" mais sur les "aidants" : comment les travailleurs sociaux survivent-ils à ces flots de détresse, comment gèrent-ils au quotidien les ambiguïtés, les contradictions inhérentes à leurs fonctions ? Où, comment se situent-ils par rapport aux usagers, vis-à-vis de leur hiérarchie, de leurs collègues, de leurs partenaires ?

En guise de fil conducteur, l’éthique fut choisie car derrière le terme, revenant dans toutes les interventions, se cachaient des situations multiples. Tout le monde s’y référait, s’y heurtait mais les considérations qui s’y rattachaient étaient floues voire parfois en complète opposition.

La journée fut donc pensée en deux temps. Tout d’abord, des exposés présentant les cadres juridiques, philosophiques et cliniques permirent de mieux cerner des termes tels que : déontologie, morale et éthique. Ensuite, des témoignages expliquant la difficulté du quotidien permirent de mieux saisir le dilemme entre la nécessaire individualisation du travail social et le besoin d’insérer le "client" dans un processus global ; le souhait de replacer l’individu au centre du travail et de développer son propre potentiel.

Bref, insister sur le fait que le point focal du travailleur social, c’est l’être humain avec toutes ses contradictions, que son travail consiste à apporter bien-être, conditions de vie correctes et moyens d’existence décents. Pour ce faire, le conseiller du SAJ comme l’assistant social du CPAS doit s’immiscer, à des degrés divers, dans la vie privée. Dès lors, chacun se pose la question de savoir quelles sont les limites de l’immixtion. Il faut constamment jauger l’impact de celle-ci sur le cadre de vie et tenter de mesurer le degré d’efficacité de l’intervention, nécessitant parfois une réévaluation.

Au-delà de cette analyse pratique, il y a une question bien plus fondamentale encore : qu’en est-il de l’idée selon laquelle chaque individu est libre de déterminer le sens de son existence ?

Comment gérer la notion de secret professionnel dans une société où la communication règne en maître ?

Comment renforcer le besoin de confidentialité face à la multiplication des vecteurs de contact ?

Et dès lors, peut-on se référer à des pairs ou à des collègues lorsque l’on prend connaissance de faits graves, sachant qu’au départ, cela était un droit - le secret partagé - mais qu’il s’est vu bafoué par des faits nouveaux tels que le devoir de signalement ?

S’il est vrai que les publics se font plus nombreux et que les problématiques se multiplient dans un contexte professionnel flottant, les références sont de moins en moins applicables et la fonction se voit inversée. Ainsi, dans le cadre de concertations, de plus en plus souvent mises en oeuvre, le travailleur social est au centre du débat. Ses méthodes de travail sont analysées, questionnées et parfois méchamment remises en cause. Le cadre de référence institutionnel est bien souvent mis à mal. Le travailleur social est en quête de cadre au même titre que les personnes qui font appel à son savoir.

On peut comprendre le caractère déstructurant d’une telle situation : se voir contraint de fournir des réponses alors que l’on est soi-même en recherche. En tout état de cause, la constatation de départ était correcte : le travailleur social est lui aussi en détresse. Pourrait-on dire en recherche d’éthique ? Les constats sont éclairants et les provinces doivent se charger de poursuivre le débat.

Ce sera chose faite dans les prochains mois lorsque les provinces mettront en place des journées d’étude destinées à approfondir les réflexions. A l’heure du bilan, les projets voient déjà le jour. Nous ne manquerons pas d’y revenir.

En entendant, nous vous laissons appréhender le dossier en bloc ou selon vos affinités. Il reprend à son compte nombre de participations au colloque mais il est aussi enrichi de diverses contributions extérieures.

Nathalie POELAERT. Administrateur au Comité Interprovincial des Affaires Sociales.

Sommaire

- Les idées transversales du colloque Ethique et travail social - Jena-Pierre PIRSON

- La philosophie de l’éthique au travers des temps - Guy HAARSCHER

- Penser l’éthique ? - Saül KARSZ

- Le secret professionnel des travailleurs sociaux - Michel LECLERCQ

- Pour une intervention écologique dans le cadre de l’inceste - Géral BRASSINE & Barbara BRIGMANE

- Proximité & concertation, coordination, réseau - Françis ZAMMARON

- Quotidien d’une unité d’hospitalisation sous contrainte - Olivier COTTENCIN

- Evolution des demandes, évolution des pratiques en service de santé mentale - G. MONNOYE

- Ethique, pluridisciplinarité et santé mentale - Pierre SCHEPENS

- Entre violences sociales et mandat, quelle éthique pour le travailleur social ? - Marc CHAMBEAU

- Compétences sociales, compétences morales ? - Claudel GUITARD & Nathalie SIMON

- La prise de décision en travail social comme solution d’un problème éthique - Marcel RAINKIN

- Que cherchent les travailleurs sociaux lorqu’ils s’engagent dans un processus de formation continue ? - C. BARRAS, E. DESMECHT & A. MURILLO

- L’éthicité encore impensée du travail social - Michel-Marie ETIENNE

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