Cette crise sanitaire, dans laquelle nous sommes embourbés depuis maintenant près d’un an, touche toutes les sphères de la société, s’instille dans toutes les strates des fonctionnements institutionnels et familiaux.
Elle met en lumière et amplifie les fragilités préexistantes. Les publics les plus vulnérables, malgré la résilience dont certains ont su faire preuve, sont ainsi particulièrement impactés, voyant s’accroître leurs difficultés, qu’elles soient d’ordre socio-économique, psychologique ou relationnel.
Mais cette crise secoue également les services et les travailleurs psycho-médico-sociaux qui les accompagnent, tant dans leur organisation interne que dans leurs manières d’entrer en relation avec ces publics.
La qualité de l’accompagnement en a souvent pâti : moins de temps passé auprès des personnes (manque d’effectifs, priorité accordée au respect des règles sanitaires, etc.), modes d’interaction plus distanciés – gestes barrière obligent – ou médiatisés par des écrans qui ne favorisent guère le lien de confiance, le décodage des besoins et des difficultés par-delà la demande explicite, le soutien éducatif…
Cette crise n’a cependant pas eu que des effets négatifs. Elle a obligé des institutions, des équipes à se réinventer, à faire preuve de créativité pour continuer à répondre malgré tout aux besoins de leurs bénéficiaires. En imaginant de nouvelles manières de faire et de nouveaux outils, en renforçant ou en initiant des collaborations, en remettant en question certaines routines…
A un niveau plus macro et politique, elle a remis sur le devant de la scène des inégalités et des dysfonctionnements qui traversent notre société, tout en rappelant le rôle essentiel joué par les travailleurs sociaux, sans qui les fracas de la crise sur les plus fragiles auraient été bien plus violents encore.
L’un des grands enjeux post-Covid sera à cet égard de se souvenir et de tirer parti des enseignements de cette crise. Nous espérons que ce numéro, en offrant une photographie, une trace de cette période inédite, y contribuera. De même que le prochain numéro (n°106) puisque, face à l’ampleur de cette crise, qui percute tous les secteurs, il nous a semblé indispensable de mettre les bouchées doubles.
Colette LECLERCQ & Romain LECOMTE