Le social au sens large est occupé par différents intervenants : éducateurs, assistants sociaux, psychologues, juristes, anthropologues, sociologues, infirmiers, médecins… De par leur formation, certains occupent sur l’échiquier de l’action professionnelle une place clairement identifiée et reconnue comme telle à laquelle sont attachées des prestations, des actes précis, alors que pour d’autres, et nous pensons ici aux éducateurs, cette place, qui semble davantage liée à la fonction qu’ils occupent, est nettement moins bien définie.
Ce dossier pose ainsi la question de ce qui fait la spécificité de l’éducateur et pointe le quotidien, le relationnel, la proximité et les risques inhérents à un métier qui engage inévitablement, expose certainement, tout en laissant souvent dans l’ombre. L’éducateur est un acteur de première ligne, il est celui qui va au feu, celui qui descend dans la rue, monte au front de toutes les blessures mais il est aussi celui qui chemine sans bruit, qui veille la nuit, est à côté, de l’usager, des autres intervenants, discret, tenu au secret, pion sur l’échiquier, parfois oublié par ceux qui orchestrent et décident.
Ce dossier montre ainsi l’évolution d’un métier qui se professionnalise, pose ses marques, réfléchit sa pratique, interroge ses limites, redessine ses contours mais qui, alors qu’il tente de se rassembler, est tiraillé, travaillé par des mouvements contradictoires. L’éducateur s’inscrit dans un temps, une époque marquée aujourd’hui par une institutionnalisation croissante des besoins sociaux et simultanément une redéfinition de l’action sociale qui désormais doit tendre à développer chez les usagers plus d’autonomie et de responsabilisation. Le premier mouvement engendre une extension des domaines d’action de l’éducateur qui n’est plus confiné dans les secteurs traditionnels du handicap et de l’aide à la jeunesse mais explore les terrains de la réinsertion socioprofessionnelle, du logement, de l’interculturalité, du grand âge… Ce premier mouvement, porteur de reconnaissance pour l’éducateur, peut aussi cependant conduire à un éparpillement de fonctions, une dilution de sens de la profession. Le deuxième mouvement engendre par contre une focalisation des enjeux de l’action éducative autour d’objectifs sociétaux de type normatif ou sécuritaire qui risquent d’éloigner l’éducateur de la réalité de l’usager et de ses objectifs premiers qui sont de lui permettre d’être et d’exister.
Ce dossier souligne enfin toute l’importance d’une formation qui permette aux éducateurs de demain d’être conscients du rôle, des rôles qu’ils peuvent jouer, de la place qu’ils peuvent prendre, dans la vie de l’usager comme sur l’échiquier de l’action sociale, de la richesse de leur approche et de leur spécificité, qui fait aussi complémentarité, par rapport aux autres intervenants.
Colette Leclercq